La proposition de loi adoptée le 28 janvier à l’Assemblée nationale autour de la notion de « devoir conjugal » vient toucher un espace profondément sensible, intime, voire viscéral, car elle interroge directement ce lieu où se croisent le corps, le lien, le désir, la peur et le pouvoir. Au-delà du débat juridique et des polémiques qu’elle suscite, cette loi résonne avec une période de profonde remise en question de la place des femmes et des hommes dans notre société, mais aussi dans nos relations et dans nos vies intérieures, tant les enjeux qu’elle soulève dépassent largement le cadre du droit pour venir questionner nos représentations, nos héritages et nos conditionnements.
Le mot « patriarcat » circule aujourd’hui de plus en plus, précisément parce qu’il met en lumière une réalité encore bien vivante : celle d’une domination historique du masculin sur le féminin, inscrite non seulement dans les structures sociales, le travail, l’argent, la politique ou la famille, mais aussi jusque dans nos corps, nos inconscients et nos relations les plus proches. Cette domination ne se manifeste pas uniquement par des actes visibles ou intentionnels ; elle se loge aussi dans des attentes implicites, des habitudes relationnelles, des silences appris et des compromis intériorisés depuis l’enfance.
Soyons lucides : cette loi, à elle seule, ne transformera pas les rapports femmes-hommes. Les dynamiques de pouvoir, de soumission, d’adaptation ou de domination sont anciennes, complexes, profondément imprimées dans l’inconscient collectif et dans les histoires individuelles. Elles ne se défont pas par décret. Toutefois, cette proposition de loi est hautement symbolique, car elle vient questionner un principe fondamental : celui de la souveraineté individuelle, et ce, dans l’espace peut-être le plus vulnérable qui soit, celui de l’intimité.
Au cœur de cette question se trouve un mot essentiel, souvent invoqué mais encore trop peu incarné : le consentement. Consentir ne commence pas par dire oui ou non à l’autre. Consentir commence bien avant, par la capacité à sentir ce qui est juste ou non pour soi, à reconnaître ses propres besoins, ses limites, ses élans ou ses refus. Or cette capacité n’a rien d’inné. Dans nos éducations, qu’elles soient familiales, culturelles ou collectives, on nous apprend rarement à nous écouter véritablement. Beaucoup d’enfants apprennent très tôt à s’adapter, à se taire, à minimiser ce qu’ils ressentent, voire à se couper de leurs sensations pour préserver le lien, pour ne pas déranger, pour rester aimés. Ces mécanismes de survie relationnelle se rejouent ensuite à l’âge adulte, de manière souvent inconsciente, notamment dans la sphère intime.
Vient alors une seconde étape, souvent encore plus délicate que la première : celle d’oser poser sa vérité. En thérapie, je constate fréquemment combien cette mise en mots peut être coûteuse, émotionnellement et psychiquement. Il arrive que la personne accompagnée s’en veuille d’avoir parlé, tant la réaction en face est violente, défensive ou déniée. Ne soyons pas naïfs : une personne qui fait du mal, consciemment ou non, n’est pas toujours en capacité de l’admettre. Elle peut résister, se justifier, inverser les rôles, continuer sans réellement entendre ce qui lui est dit.
Dans ce contexte, oser dire sa vérité est déjà une victoire, quelle que soit la réponse extérieure. C’est souvent ce que je rappelle dans mon accompagnement : le véritable enjeu n’est pas tant le résultat obtenu en face que le mouvement intérieur opéré. Il s’agit de ramener son cœur en soi, de ne plus le confier entièrement à l’autre, de retrouver un axe intérieur, une sécurité, une souveraineté personnelle qui ne dépendent plus de l’approbation ou de la validation extérieure.
La loi peut ouvrir un débat, poser un cadre, rappeler des principes fondamentaux. Mais la transformation profonde, celle qui modifie réellement les relations, commence toujours à l’intérieur : dans l’écoute de soi, dans le courage de se dire, dans le respect de son intégrité, même lorsque cela bouscule, dérange ou fait vaciller des équilibres anciens. C’est là que commence la guérison. Et c’est depuis cet endroit, plus conscient, plus incarné, que peuvent émerger de nouvelles relations, fondées sur un consentement vivant, une responsabilité partagée et un respect réel de l’autre et de soi.
Avec Âmour,
Sabryna
Ressources
⚖️ En France, le devoir conjugal ne peut en aucun cas justifier une relation sexuelle sans consentement.
👉 Le viol conjugal est reconnu comme un crime depuis 1990 (Cour de cassation), et le consentement est un principe fondamental du droit pénal.
France 24 – janvier 2026
Photo : Xavier Caihol – Estelam